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Quand la bombarde touche au sublime.
Prenez l'infiniment modeste : quelques vieux airs populaires
bretons ou encore des cantiques à la naïveté touchante. Confiez
les ensuite à un duo magique « Bombarde et Orgue » par exemple.
Choisissez bien vos interprètes comme au temps des années 1970
avec Jégat et Ihel. Laissez leur toute liberté, à charge pour
eux de respecter les partitions en les servant même au plus
près. Puis écoutez ! Vous ne reconnaissez alors plus ces airs
que vous avez cependant entendus des dizaines et des dizaines de
fois soient lors des présentations des bagadou, soit dans les
différents concours de sonneurs par couple.
Le Meut et Bataille nous transportent désormais dans une autre
dimension. Nous sommes hors du temps. Comme toujours les orgues
sont là pour soutenir la bombarde, lui permettre de s'envoler
vers les sommets. Et Bataille n'a pas son pareil pour mettre en
valeur toute la virtuosité de son talabardeur, André Le Meut. Sa
présence et discrète et il lui faut un immense talent et
beaucoup d'humilité face à ce sonneur hors normes. Où sont donc
passer nos gavottes, dos vieillot complaintes tels Eliz Eusa ou
Mare eo mestrez pour n'en citer que deux ? Elles sont là,
splendides, bien vivantes, n'ayant pas pris la moindre ride pour
le doigté et le souffle d'André Le Meut.
André Le Meut nous démontre qu'il n'existe pas d’instruments
dits majeurs ou mineurs quand on sait leur donner une âme. Sa
bombarde, ce hautbois de Bretagne si souvent monté pour ses
sonorités aigrelettes, se hisse au niveau d'une trompette, d'un
saxo ou d'une flûte traversière. Souvenez-vous de Maurice André
et de sa trompette, lui aussi avait fait ses premières gammes
dans un Orphéon municipal. Rappelez-vous sa façon nette est
incisive d'attaquer la partition, cette extrême sensibilité dans
la modulation du phrasé cette manière encore de tenir la note
sans trembler. Une virtuosité à l'état pur. Un vrai bonheur pour
le mélomane. Et on l'imagine fort bien, demain interprétant de
la musique classique accompagnée par un pupitre de violon et de
violoncelle. Il rejoindrait ainsi un certain Mathurin Furic, dit
Matilin an Dall qui, au 19éme siècle, étonna Louis-Philippe et
Napoléon III par son immense talent, il était dit-on, capable de
jouer de la musique de chambre pour les bourgeois de Quimperlé
ou encore les extraits de la Pie Voleuse de Rossini qu'il avait
entendu siffler sur les trottoirs de Paris lors d'une visite à
sa fille.
Mais aujourd'hui écoutez Le Meut et Bataille et laissez-vous
porter par la magie de l'art sublime interprétation.
Daniel Yonnet |