Les Artistes des Soirées de la Saint-Loup

Samedi 16 Août André LE MEUT Philippe BATAILLE

Quand la bombarde touche au sublime.

Prenez l'infiniment modeste : quelques vieux airs populaires bretons ou encore des cantiques à la naïveté touchante. Confiez les ensuite à un duo magique « Bombarde et Orgue » par exemple. Choisissez bien vos interprètes comme au temps des années 1970 avec Jégat et Ihel. Laissez leur toute liberté, à charge pour eux de respecter les partitions en les servant même au plus près. Puis écoutez ! Vous ne reconnaissez alors plus ces airs que vous avez cependant entendus des dizaines et des dizaines de fois soient lors des présentations des bagadou, soit dans les différents concours de sonneurs par couple.

Le Meut et Bataille nous transportent désormais dans une autre dimension. Nous sommes hors du temps. Comme toujours les orgues sont là pour soutenir la bombarde, lui permettre de s'envoler vers les sommets. Et Bataille n'a pas son pareil pour mettre en valeur toute la virtuosité de son talabardeur, André Le Meut. Sa présence et discrète et il lui faut un immense talent et beaucoup d'humilité face à ce sonneur hors normes. Où sont donc passer nos gavottes, dos vieillot complaintes tels Eliz Eusa ou Mare eo mestrez pour n'en citer que deux ? Elles sont là, splendides, bien vivantes, n'ayant pas pris la moindre ride pour le doigté et le souffle d'André Le Meut.

André Le Meut nous démontre qu'il n'existe pas d’instruments dits majeurs ou mineurs quand on sait leur donner une âme. Sa bombarde, ce hautbois de Bretagne si souvent monté pour ses sonorités aigrelettes, se hisse au niveau d'une trompette, d'un saxo ou d'une flûte traversière. Souvenez-vous de Maurice André et de sa trompette, lui aussi avait fait ses premières gammes dans un Orphéon municipal. Rappelez-vous sa façon nette est incisive d'attaquer la partition, cette extrême sensibilité dans la modulation du phrasé cette manière encore de tenir la note sans trembler. Une virtuosité à l'état pur. Un vrai bonheur pour le mélomane. Et on l'imagine fort bien, demain interprétant de la musique classique accompagnée par un pupitre de violon et de violoncelle. Il rejoindrait ainsi un certain Mathurin Furic, dit Matilin an Dall qui, au 19éme siècle, étonna Louis-Philippe et Napoléon III par son immense talent, il était dit-on, capable de jouer de la musique de chambre pour les bourgeois de Quimperlé ou encore les extraits de la Pie Voleuse de Rossini qu'il avait entendu siffler sur les trottoirs de Paris lors d'une visite à sa fille.

Mais aujourd'hui écoutez Le Meut et Bataille et laissez-vous porter par la magie de l'art sublime interprétation.

Daniel Yonnet